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Colloque « L’archive comme lieu d’expérimentation : construction, création, performance » 17-18 mars 2022

L’archive comme lieu d’expérimentation Construction, création, performance

Colloque – Université  Lyon 3 – 17 et 18 mars 2022

*Mélanie Perrier et Kahena Saana interviendront pour une communication "Le laboratoire du geste et l’archive : du corpus à l’activation" et un workshop "du corpus à l’activation", le 18 mars 2022.

En tant que source et site de création, de cadre conceptuel la construction de la connaissance, ou en tant qu’institution qui d termine l’histoire et garantit la m moire, l’archive appelle des analyses qui d passent les partages disciplinaires et génériques. Ce que Jacques Derrida nomme le   mal d’archive   dans son essai de 1995 a permis de saisir   la fois l’attraction hypnotique insistante de l’archive, et son pouvoir idéologique. Sa lecture de toute archive comme tant simultanément   institutrice et conservatrice  ,   révolutionnaire et traditionnelle   suggère la possibilité  d’interventions artistiques critiques. Si, comme il le souligne, l’archive   conserve, r serve et sauve  , mais le fait   d’une manière non naturelle, le dispositif archivistique lui-m me peut-être envisagé  comme un lieu d’analyse, mais aussi de jeu (Derrida 1995).

Alors que la notion d’archive a inspiré écrivains et artistes bien avant le XXIe siècle, son influence comme référence, matériau ou structure s’est faite particulièrement présente ces deux dernières décennies. Un nombre croissant de projets de recherches, de colloques et de publications consacrés   ces questions souligne l’intérêt soutenu d’acteurs venus d’horizons divers – artistes, archivistes, universitaires – pour les relations entre création et archives. L’ouvrage collectif Performing Archives / Archives of Performance, dirigé  en 2013 par Gunhild Borggreen et Rune Gade, par exemple, a ainsi recensé  les actions menées au plan international, au sein des Performance Studies, dans et autour des archives. Le projet canadien Archives et création : nouvelles perspectives sur l’archivistique, dirigé  entre 2013 et 2016 par Yvon Lemay, a r uni archivistes et artistes et donné  lieu   la publication de trois cahiers de recherche,   un colloque et   de nombreuses créations artistiques. En France, deux collectifs r cents sont revenus sur les relations entre arts de la performance et archives : Archives en acte : arts plastiques, danse, performance (sous la direction de Y. Potin et C. Roullier, 2018) et L’archive dans les arts vivants : performance, danse, théâtre (sous la direction d’I. Barbéris, 20151).

Le présent colloque entend se situer dans le prolongement de ces initiatives interdisciplinaires, envisageant l’archive non seulement comme lieu de construction et de préservation mémorielle, mais aussi d’expérimentation et d’invention. C’est en particulier   travers la question de la performance que ce lien entre archive et expérimentation sera exploré  : il s’agira   la fois de réfléchir   la production d’archives sur la performance littéraire –   la nécessité  de produire des archives vivantes et actualisables – et d’envisager l’archive elle-m me comme dispositif performatif.

Ce colloque se situe en effet à la jonction de deux projets développés au sein de l’ quipe MARGE (Universit  Jean-Moulin Lyon 3) : Archives de la Performance Littéraire (ARCHIPEL) et Performing the archive : the everyday construction of ‘french’ identity in New Orleans. Le projet ARCHIPEL a pour plus récemment encore, plusieurs projets de recherche comme   Performer l’archive , initié  par Charlotte Bouteille- Meister et Tiphaine Karsenti au sein de l’école Universitaire de Recherche ArTeC,, ou   Archives vivantes  , port  par une  équipe interdisciplinaire au sein de la MMSH et du laboratoire PRISM, ou bien l’ école thématique Performance et archives organisée par les  équipes Marge (Université  Jean-Moulin / Lyon 3) et ECCLA (Université  Jean-Monnet / Saint- tienne), ont confirmé  cet intérêt croissant pour les archives comme lieu de création expérimentale alliant théorie et pratique. objet de construire une archive collaborative en ligne des performances littéraires depuis les années 1960, le second, Performing the archive, visant  à faire de l’archive un lieu d’expérimentation, voire un lieu vivant, permettant de nouvelles formes de recherche-création. C’est bien dans ces interstices que s’inscrit ce colloque, en tenant compte du fait que toute archive est une fabrication perpétuellement en cours et peut aussi  être appelée  à  être performée : s’adressant   des chercheurs venus de différentes disciplines, ainsi qu’à  des archivistes, artistes et  écrivains, il entend  être lui-même un espace d’inventions o  de nouvelles formes de recherches pourront  être expérimentées. Les interventions pourront s’inscrire dans les axes suivants :

La performance littéraire et ses archives

On s’intéressera notamment   la définition et   la délimitation de la notion de performance littéraire, depuis les années 1960 – moment où  la performance commence   se penser et  à se donner comme telle – jusqu’à nos jours : seront notamment interrogées les spécificités de la notion de performance lorsqu’elle est utilisée en contexte littéraire, alors même qu’elle a d’abord  été élaborée du c t  des arts du spectacle et des arts plastiques. C’est aussi la question de la spécificité  de la m moire de ces performances et de leurs différents supports (en particulier la numérisation) qui se trouve interrogée : comment documenter une performance litt raire ? Quels modes de construction de l’archive sont-ils possibles ? Quelles questions spécifiques concernant l’archivage de données la performance littéraire pose-t-elle ?

Cette réflexion s’articulera   la création en cours d’un site permettant de r unir des archives multimédia, de sources tant institutionnelles que privées, site qui   terme permettra une interrogation fine en fonction par exemple des supports, des noms, mais aussi d’axes thématiques.

Réalisé en collaboration avec le collectif G.U.I (https://g-u-i.net), ce site, qui proposera une base de données de la performance litt raire, sera  également pensé  comme une création collaborative, une archive de documents activables par différents publics. Ces activations sont vouées  à devenir à leur tour des points d’entrée dans l’archive, et, in fine, l’archive elle-m me. L’archive constituée sera alors pensé e elle-même comme un dispositif performatif.

L’archive comme dispositif performatif

Les protocoles qui président  à la construction de l’archive conduisent nécessairement   choisir les traces et les histoires qui y sont consignées : en cela, l’archive est un dispositif qui résulte d’interventions subjectives, et qui est lui-même parfois envisagé  comme une performance (Diamond 2008). Constituée par des gestes de documentation qui ne sont ni universels ni exhaustifs, l’archive n’est jamais achevée : comme le dit Verne Harris, elle est   définie non par ses liens avec la “réalité ”, mais par ses strates de construction et reconstruction   (2002). Elle témoigne donc de sa propre construction (les choix de matériaux, de classification, d’accés, etc.) et   d signe moins un objet particulier qu’un [...] mode de fonctionnement de l’objet   (Kihm 2015). Compte tenu de ces caractéristiques de l’archive, on pourra notamment se demander : comment constitue-t-on une archive ? Qu’est-ce qui la caractérise ? En quoi les archives dites  vivantes   (de la performance, de la performance litt raire) différent-elles des autres archives ? Comment distinguer   les dimensions archivistiques d’un travail artistique et les pratiques artistiques de l’archive   (Kihm 2015) ?

L’archive comme lieu d’expérimentation

Ainsi considéré comme dispositif, résultat inachevé  d’un procès en cours, et appelant à une réactivation, l’archive s’offre particulièrement aux expérimentations, et réciproquement, la recherche-création apparaît comme un moyen privilégié d’en comprendre la logique. Il s’agira ici d’interroger ces nouvelles manières d’interagir avec les archives :
- Comment activer les archives en tant que matériaux de la création ? On tiendra compte notamment du fait que les archives sont constituées de matériaux sensibles ou encore de flux, susceptibles d’ être transformés, donnant lieu parfois  à des formes mutantes et fictionnantes (Barbéris 2015).

Un premier atelier sera par exemple mis en place par le collectif G.U.I durant le colloque, proposant des interprétations sensibles pour faire vivre un corpus.
- Quelles méthodes de recherche ou de recherche-création pour explorer les archives ? Comment les décrire ou les représenter ? Du reenactment des oeuvres archivées à la création dans et avec les archives, c’est aussi ce que Raphaêl Faon appelle à  le versant imaginaire des archives qui pourra  être investi (2016). En encourageant les interventions sous des formes variées – conférence, performance, conférence-performance, masterclass, dialogue, installation – cette manifestation essayera ainsi d’interroger la relation entre l’objet  étudié  (l’archive, la performance litt raire, etc.) et sa représentation. En effet, la forme colloque, en tant que dispositif de transmission du savoir, privilégie, par les formes instituées qui sont les siennes, certaines façons de faire de la recherche : en mettant en jeu ces formes instituées, il s’agira aussi d’esquisser d’autres manières de faire, où  invention, création et recherche puissent prolonger leur dialogue selon de nouvelles modalités.

Comité  d’organisation : Benoit Auclerc ; Gilles Bonnet ; Agnès Curel ; Catherine Dessinges ; Ross Louis ; Gaëlle Théval